Le classement TIME × Statista 2026 note surtout ce que les entreprises promettent et publient. Il ne mesure ni la durée de vie des produits, ni la durabilité des équipes. J’ai lu sa méthodologie : voici ce qu’elle nous apprend pour le retail.
C’est le résultat du classement TIME × Statista des 750 entreprises les plus durables au monde, édition 2026, relayé par le Journal du Luxe. Moncler obtient 94,41 points sur 100, Hermès 87,78.
Une doudoune devant le sellier qui a réparé plus de 200 000 objets en 2024 ? J’ai voulu comprendre, et j’ai lu la méthodologie officielle de Statista. Elle pose une question qui nous concerne tous, managers du retail : qu’est-ce qui rend une entreprise durable, et comment le mesure-t-on ?
Ce que le classement mesure vraiment
Statista part de plus de 5 800 grandes entreprises et en retient 750. Les secteurs fossiles et les entreprises liées à la déforestation sont exclus d’office. Les autres sont notées sur plus de 20 indicateurs, répartis en 3 blocs.
| Bloc | Poids | Ce qui est noté |
|---|---|---|
| Engagements et notations | 40 % | Note CDP, objectifs climat validés par la SBTi, Pacte mondial de l’ONU, indices DJSI et S&P, note MSCI ESG |
| Reporting et transparence | 20 % | Rapport ESG vérifié par un tiers, conformité aux référentiels GRI, ISSB, TCFD, ESRS |
| Performance environnementale et sociale | 40 % | Émissions, énergie, déchets, quelques indicateurs sociaux |
Premier constat : 60 % de la note porte sur ce que l’entreprise promet et publie, pas sur ce qu’elle fait. Et les données de performance sont déclaratives : elles viennent des rapports des entreprises elles-mêmes.
Durable, c’est d’abord ce qui dure
Revenons au sens premier du mot. Est durable ce qui dure.
Hermès vend des sacs que l’on porte 30 ans, puis que l’on transmet. Ses ateliers ont réparé plus de 200 000 objets en 2024. C’est là que se trouve l’acte le plus durable de toute l’industrie : fabriquer moins, mais fabriquer pour longtemps. Et c’est cohérent avec ce que la maison dit d’elle-même : l’artisanat, le temps long, la transmission.
Aucun indicateur du classement ne capte cela. Ni la durée de vie des produits, ni la réparation, ni la seconde main.
La durabilité des équipes, l’angle mort
Il y a une autre dimension que la grille n’intègre pas vraiment : la durabilité des équipes.
Le volet social ne pèse qu’environ 16 % de la note totale. Il repose sur quelques indicateurs : diversité, écart de rémunération, sécurité au travail, turnover. Rien, à ma connaissance, sur l’absentéisme, l’épuisement ou l’ambiance de travail.
Or le turnover, seul, peut tromper. Dans le luxe, on peut rester par fierté de la marque tout en s’épuisant. Nous le voyons parfois sur le terrain, en centrales ou en boutiques prestigieuses : peu de départs, et pourtant une ambiance tendue et des managers à bout.
Une entreprise peut donc obtenir un excellent score avec des équipes qui ne tiennent pas dans la durée. Est-elle vraiment durable ?
Pour moi, la réponse tient en un mot : cohérence. Une marque qui parle de respect, d’excellence et de temps long doit pouvoir le prouver en boutique, dans la façon dont elle traite ses clients et ses client advisors. C’est là, et pas dans un rapport ESG, que la durabilité se vérifie.
2 questions à vous poser lundi matin
- Vos valeurs affichées se retrouvent-elles dans vos objectifs et vos indicateurs magasin, ou seulement sur vos murs ?
- Que savez-vous réellement de l’énergie et de l’engagement de vos équipes, au-delà du turnover ?
Une entreprise durable ne se contente pas de bien remplir un rapport. Elle fait durer ses produits, ses clients et ses équipes.
Sources
- Journal du Luxe – Moncler, Hermès : les entreprises les plus durables 2026
- Statista – Méthodologie officielle, World’s Most Sustainable Companies 2026 (PDF)
- TIME – Méthodologie 2025 (indicateurs sociaux)
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Benoit Mahé – Co-fondateur de CapKelenn