42.195 pas: Enseignements personnels et professionnels

Nov 20, 15 | by Benoit Mahé

Dimanche 24 février, 12h28, Séville, Espagne. Je viens de terminer mon premier marathon et l’horloge électronique du Stade de la Cartuja marque 3h28.
Dans les prochaines lignes, je tente de décrire les motivations qui m’ont poussé à réaliser ce projet et surtout les enseignements retirés, notamment pour ma profession de Coach. En effet, j’accompagne des professionnels du commerce vers leur meilleur niveau; il m’a semblé légitime d’en appliquer sur moi-même certains principes que je promeus.
J’adresse donc ces lignes à toutes les personnes qui souhaitent un jour courir, ou l’ont déjà fait, et en général à tous ceux qui aiment l’aventure, cette idée d’avoir un projet, quel qu’il soit, et de le mener à bien.

Ce récit se réalisera en 2 parties:

• Partie 1 : le déroulé de la course
• Partie 2 : les enseignements personnels et professionnels.

Plongée donc dans la course d’un marathonien néophyte!

1) La course

Lorsqu’à la rentrée scolaire des activités vers octobre, on commence l’année et on fixe un objectif il est déjà trop tard pour envisager un marathon avant noël, car on n’a plus les 12 semaines nécessaires. Le marathon est une activité de belle saison. Les marathons d’automne se préparent dès l’été. Séville grâce à ses conditions climatiques privilégiées s’affirme comme le grand marathon du sud de l’Europe et le premier du printemps. Le circuit est plat et au niveau de la mer (je me suis entrainé à 800 mètres d’altitude), donc idéal pour battre des records. Enfin, et surtout, lorsqu’on sait que près de la moitié du club « prépare Séville », on prend ce train en marche. Projet collectif donc.
Les derniers jours, je ne pense qu’à ça ! La tension monte. Je suis normalement bon dormeur et à partir du jeudi, mes nuits s’écourtent. Je repasse en boucle la vidéo promotionnelle de la course sur youtube. En particulier l’image du mythique stade de La Cartuja où aura lieu l’arrivée, 3ème plus grand stade d’Espagne (après le Camp Nou et le Bernabeu) et se trouve sur l’île de la Cartuja, entourée des 2 bras du fleuve Guadalquivir, île totalement réaménagée en 1992 pour l’Expo Universelle. J’y étais. Comme mes camarades de club, je visualise des centaines de fois le tunnel qui mène à l’intérieur du stade.

Séville, plus grand centre ville historique d’Europe. Séville et sa double culture arabe-chrétienne. Séville, port d’attache des conquistadores remontant le fleuve Guadalquivir pour ramener les richesses d’Amérique. Séville, ses sévillanes aux froufrous colorés et son flamenco. Séville, capitale de l’Andalousie.
Ce matin dimanche 24 février 2013, il est 5h30 et je me réveille, satisfait d’avoir dormi d’une traite. J’avais sollicité à l’hôtel d’avancer le petit déjeuner à 6h30 afin d’assurer une digestion d’au moins 2 heures. Je me prépare : vaseline sur tous les points de frottements (pieds, torse…), crème solaire (mon type nordique de roux aux yeux bleus doit se protéger). Je me rends en voiture vers le stade dès 7h15. Les conditions sont idéales : ciel dégagé, pas de vent, température de 5 degrés. On sait que le maximum sera de 15º.
Le chrono de mon dernier semi-marathon, un mois plus tôt m’a donné accès à partir dans les « moins de 3h30 ». ACDC résonne dans les hauts parleurs. Je cherche 2 camarades de club dans la foule… et ne les trouve pas. Je trouve un compatriote français, le drapeau tricolore peint sur les joues. Bonne idée; 4 des 108 français de la course nous approchons et discutons.
L’enjeu est simple pour moi. Je me sens prêt physiquement et psychologiquement. J’ai la sensation du travail bien fait. J’arrive ce matin dans la meilleure forme de ma vie! En effet, jamais auparavant je ne me suis entrainé de manière sérieuse, systématique et rigoureuse pour une course pendant 12 semaines. Une partie du défi consiste donc à « retenir les chevaux » ; car précisément la tentation serait grande dans ces conditions d’y aller à fond.

Une fois la préparation bien faite, le reste c’est du calcul et de la discipline. Mon objectif initial était juste de finir. Mes camarades de club et mon coach, sur la base de mon semi d’il y a 1 mois (1h32), m’ont suggéré un objectif de 3h30. Le rythme est facile à calculer : 5 min par km. En entrainement je me suis senti à l’aise autour de 4’50.
La stratégie recommandée est de commencer un peu plus lent, prendre le rythme de croisière au km10 et à partir du km32, si les jambes répondent, accélérer. Et tenir durant 42.195 mètres!

• Km 0: Départ. Enfin ! Sur la grande avenue Carlos III. Très bien organisé, donc pas de ralentissements. Je prends vite le rythme de 5min/km. Des groupes se forment ; je cours seul.

• Km 1: déjà des coureurs s’arrêtent sur le côté pour faire pipi. Incroyable ! Probablement le stress. Et quelques secondes en moins!

• Km 4: dans un abri bus, deux africains encouragent « allez les gars ; les noirs sont déjà devant ! ». Le peloton éclate de rire.

Km 5: je n’ai pas soif, mais comme on me l’a suggéré je bois mes 3 gorgées d’Aquarius servi en verres au 1erravitaillement. La technique consiste à pincer le verre en carton pour faire goulot et pour la bouteille d’eau, boire de côté, et jeter. Spectacle certes pitoyable que cette route jonchée de verres et de bouteilles.

  • Km 6: On passe une première fois sur le Guadalquivir. Apparaissent la Torre del Oro et La Cathédrale La Giralda. Quelle merveille ! On remonte alors le fleuve sur 5 kilomètres sur l’allée Cristobal Colon, bordée d’orangers.
  • Km 8: comme convenu, mes 3 fils se trouvent sur le côté droit de la route vers où je me suis déporté. «Allez papa!»
  • Km 8,100: Ma femme se trouve comme prévu 100 mètres après la borne kilométrique et me remet ma boisson (iso+). Ça fait du bien.
  • Km 10: je passe en 49’44 minutes (voir vidéo, t-shirt bleu, short et chaussettes noirs, casquette bleue marine), donc un peu d’avance sur le programme.
  • Km 11: Dans ma tête je fais le point. Pour l’instant tout va bien. Je suis dans ma course. Les jambes vont bien.
  • Km 12: les cloches des églises sévillanes appellent les paroissiens à l’office. Une course urbaine vibre avec la ville et procure donc des sensations très spéciales
  • Km 13: je sens un picotement sous la plante des pieds et mon irritation sur le côté du pied, seul problème potentiellement pénalisant pour la course, commence à m’irriter. De toutes façons, j’ai décidé de ne pas m’y intéresser, quoiqu’il arrive.
  • Km 15: on arrive à la Macarena. Le public s’accumule sur 2 ou 3 rangées. «Vamos Campeón! » Les femmes sont les supportrices les plus actives. C’est peut être ça aussi le marathon; se sentir champion pour un jour !
  • Km 16: Mon coach et un camarde de club actuellement blessé, m’encouragent. « Comment ça va? » Je lève le pouce!
  • Km 17: je retrouve ma femme qui en quelques rues m’a rejoint. De nouveau elle m’offre la gourde. Assistance de luxe.
  • Km 21,1: je passe le semi en 1h44’14. (voir vidéo) Donc si je « double », c’est-à-dire si je fais aussi bien la 2ème partie, l’objectif sera atteint.
  • Km 25: Je refais le point. Je n’ai plus mal au pied, je me sens bien. Dans ma tête, pas de grandes envolées lyriques, juste la gestion de la course. Je me dis que j’ai déjà fait cette distance à l’entrainement jusque 33 kilomètres. Je crois qu’il m’en reste sous la semelle.
  • Km 28: nous nous trouvons depuis 15 km et encore pendant 2 ou 3 dans la partie périphérique de Séville.
  • Km 29: un groupe de rock se déchaine. Sympas, mais un peu dommage que les animations soient toutes des groupes de rock chantant en anglais. Du flamenco serait certainement plus stimulant.
  • Km 30: le ravitaillement comme indiqué sur le plan, inclut maintenant du solide (raisins secs…). Je refais le point ; ça fait quelques kilomètres déjà que personne ne me dépasse. C’est maintenant que peut survenir le fameux mur, cet état où subitement le coureur se sent défaillir. J’ai l’impression que cela ne m’arrivera pas. Je commence à être dans l’effort. Ça tire un peu, mais ça va. (voir vidéo 2h28’00)
  • Km 32: nous pénétrons dans le parc Maria Luisa. J’en profite pour courir quelques hectomètres sur la terre et non le bitume, pour relaxer un peu les mollets. Nous passons devant la Plaza España. Une pure merveille d’architecture construite pour l’expo universelle de 1929 et où nous avions pris une photo de famille mémorable il y a quelques années en calèches.
  • Km 35: nous pénétrons dans la vieille ville. Les supporters redoublent. Nous courons sur la voie de tramway et naturellement le peloton se forme en 2 files à l’intérieur des 2 rails. L’ambiance est vraiment stimulante. Je sais maintenant que je vais finir et mon chrono reste stable pour atteindre l’objectif de passer sous 3h30. Je crois que c’est le moment de tester ce que j’ai au fond des tripes. Je garde un objectif secret. Deux de mes amis de club ont fait 3h21. Et si je les battais !
  • Km 36: Je cours depuis 1 km à 4’40. J’ai du dépasser 30 coureurs. Certains marchent. D’autres sont à l’arrêt ou font des étirements sur le côté. Je continue. Je me sens en état de sublimation, cet état que décrit Timothy Gallway, dans « le jeu intérieur ». Je suis dans le flux. Je vole.
  • Km 37: petite montée de 200 mètres sur la rue Calatrava. Je suis à fond, à 4’40, depuis 3 kilomètres maintenant. Ma femme en tenue de jogging, comme convenu, s’élance pour m’accompagner sur ce dernier tronçon. « Vas-y champion! Come on ! » Un rond point précède le pont de la Barqueta. Je dépasse une dizaine de coureurs par la partie intérieur de la route. Je prends une éponge et… je ne vois plus ma femme.
  • Km 39: nous sommes sur l’île de la Cartuja. Il ne reste que 3 kilomètres. Je commence à avoir du mal. Aïe ! Je flanche. Suis-je en train de payer mon effort, mon accélération?
  • Km 40: Nous pénétrons dans le parc de Alamillo. Je sens que je n’avance plus. Je fais du sur-place. Je me concentre sur les détails techniques : lever les genoux. Je regarde ma montre et crains de m’être effondré. 5’15. Ça va encore. Je cours depuis 3h17. Il me reste 12 minutes pour accomplir mon objectif et pourtant, pour la première fois depuis le départ, l’idée d’échouer traverse mon esprit.
  • Km 41: nous redescendons vers ce pont en hauteur que j’ai vu des dizaines de fois sur youtube. Toujours 5’15. J’ai du mal, mais ma montre dit que j’avance! « Lever les genoux !» Je puise dans mes réserves. Je me souviens cette phrase de Coluche : «Je n’ai pas traversé tout Paris pour m’arrêter à 1 mètre du bol de sangria !».
  • Km 42: Je repère mes 3 fils à l’entrée du tunnel: « Allez papa! » Le tunnel. Le grand stade. Beaucoup d’amis m’ont décrit cette entrée comme un moment magique. Beaucoup m’ont déclaré s’être mis à pleurer. Et rien qu’à les écouter, il me semblait, que si j’y arrivais, je serais aussi envahi de la même émotion. Mais non, je veux juste en finir. J’effectue mes 300 mètres, observe que la piste n’est pas en très bon état.
  • L’arrivée: Je passe la flamme en 3h28’10 (voir vidéo) (j’ai retiré lunettes et casquettes). Une personne me remet une médaille. Et là, j’aimerais me reposer et retrouver des amis ou des gens connus. Les coureurs doivent en fait pénétrer dans le tunnel sous le stade. J’ai froid. Beaucoup de coureurs errent comme des zombies. Moi aussi. D’autres jonchent les travées du couloir. On se retrouve dans ce décor sombre et froid. On nous remet une couverture. Je m’allonge et fixe une lampe au plafond. Je suis dans un état de fatigue, hébété. Cette grande fatigue laisse peu de place à l’émotion de l’objectif atteint. Je vais récupérer mon sac au vestiaire et me dirige vers les douches. Des dizaines d’hommes attendent leur tour. Les installations ne sont évidemment pas prévues pour tant de personnes. Je parviens finalement à la douche. Ça fait du bien ; je reviens à moi. En remettant ma montre je découvre mon temps réel: 3h27’41. Et je commence à prendre conscience que j’ai accompli mon objectif

Cela fait une demi-heure que je suis arrivé. Et je n’ai pas encore vu de personnes connues. Je demande un téléphone portable à un coureur. J’appelle la famille. «Où êtes-vous? Porte E, j’y suis dans 10 minutes!». Je me traine vers l’autre sortie du tunnel et me dirige vers la porte E. Les jambes sont lourdes ! Ma femme me confirme qu’en effet j’étais trop rapide mais qu’un autre coureur, semblait en grande difficulté, presqu’à l’arrêt. Francisco (c’est son nom) semblait avoir quelques difficultés motrices dans son élocution et une main tremblante. Francisco s’approche et lui dit : «il semble que nous ayons le même rythme tous les deux.» Elle lui suggère : «On pourrait finir ensemble». Francisco et ma femme courent 4 kilomètres ensemble, jusque l’entrée du tunnel. Tout un symbole de la spontanéité et l’entraide entre coureurs.

Nous attendons encore et retrouvons mon coach, des camarades de club, certains en larmes d’avoir fini leur premier marathon. Tous épuisés.

2) Les enseignements de mon 1er marathon

Le potentiel:

Comme coach, je suis sensible à la notion de potentiel. Comment se rapprocher de l’expression de son potentiel? Quelque soit le domaine de la vie, si un jeune ou un moins jeune avait du potentiel pour le piano ou la négociation ou les langues ou la vente ou les mathématiques ou le chant ou la prise de parole en publique ou la natation… comment peut-il s’en rendre compte ? J’avais été marqué il y a quelques années par une information, apparemment anodine, dans la section locale du journal Ouest France : « un sacristain découvre à 65 ans qu’il est pourvu d’un QI exceptionnel de 160 » et le brave homme de s’exclamer : « Ah, si j’avais su plus tôt ! ». Et donc, si j’avais du potentiel, comment m’en rendrais-je compte? Une seule manière : essayer. Et essayer pour de vrai ; En s’en donnant les moyens. Essayer de réussir, de finir, en reconnaissant que sans l’option d’échouer le succès n’a aucun intérêt. Et si, donc, j’avais du potentiel pour la course à pied? A 42 ans, ce matin d’hiver ensoleillé sur les rives du Guadalquivir à 9 heures, c’est, entre autre à cette question, que je souhaite répondre.

Enseignement 1: si un professionnel du commerce (vendeur de magasin, un superviseur, un patron, un commerçant…) avait le potentiel pour faire « mieux et plus », comment s’en rendrait-il compte? Comment son management lui donnerait l’opportunité? Probablement en lui transmettant confiance et considération et en l’invitant à essayer.

L’inspiration:

J’ai toujours aimé courir. Très jeune, j’ai connu des coureurs. A 18 ans, j’accompagnais, en vélo, mes oncles pour leur semi. Mon frère, lui, aurait le mérite et la détermination de réaliser ses premières courses étant encore étudiant. Je me souviens en particulier d’un marathon début 2005, 3 mois seulement après qu’il eut subit une intervention cardiaque. Nous avons la chance de nous retrouver fréquemment dans notre maison d’enfance, en Bretagne, sur les rives du golfe du Morbihan dans le plus beau coin au monde. Et la nature appelle à la découvrir grâce aux nombreux chemins aménagés le long de la mer et à travers bois. Mon frère m’a donc transmis son expérience et sa communicative passion. Ma sœur aussi court obtenant de belles performances sur 10 km. Enfin nos conjoints sont également sportifs. La jeune génération aussi.

Avec mon groupe de copains, nous avons toujours couru. Il me fallait donc «juste» à un moment décider de courir pour de vrai.

Enseignement 2: parfois, franchir le pas se trouve à portée de main. Le besoin d’entreprendre et réussir de grands projets se trouve souvent à l’état latent. Il faut « juste » trouver le bon moment et rassembler la détermination nécessaire. En ce sens le travail du coach peut être opportun.

Le plaisir de l’enfant :

les cache-cache, les touche-touche, les matches de foot jusqu’à la tombée de la nuit, courir pieds nus sur le sable l’été… Courir, c’est sentir le souffle de vie, la joie de vivre. Courir, comme chanter, nous éloigne de la dépression et nous rapproche de la joie de vivre. Courir, c’est sentir et mieux connaitre son corps en jouant. Courir un soir après une journée de travail représente toujours un effort initial, pour vaincre la fatigue, parfois le froid et la pluie. Mais après 5 minutes, le plaisir de la course, la libération mentale, la sensation du corps, des muscles, du souffle de vie ramène vite à ce plaisir de l’enfant qui joue et court, tel un poulain dans une prairie printanière. Saint Exupéry disait que « Tous les adultes ont été des enfants, mais peu s’en souviennent ! » Courir, c’est se souvenir que nous avons été enfants, et le sommes encore.

Enseignement 3: Dans mon travail, lorsqu’en séminaire ou outdoor, nous invitons les cadres d’entreprises à jouer, beaucoup de difficultés se solutionnent d’elles-mêmes. Et tout devient plus facile. Pourquoi la gestion d’entreprise doit être forcément « sérieuse », en particulier dans le commerce, où la bonne humeur et la joie de vivre sont essentielles aux bons résultats, car les clients les perçoivent.

Le mouvement créateur :

Courir, c’est mettre le pied droit devant le gauche, puis le gauche devant le droit. Tellement simple ! C’est générer ce déséquilibre créatif, se sentir l’espace d’un court instant dans un déséquilibre que seul le mouvement peut stabiliser. Sinon, tentez donc de rester fixe sur 1 seul pied pendant 5 minutes. Rien de grand ne se produit sans ce déséquilibre initial, cet engagement vers le vide. Savoir s’éloigner de ses certitudes, les 2 pieds plantés dans ses convictions… et avancer vers un objectif, une vision. J’avais été impressionné dans des courses précédentes (avec une préparation limitée) de l’effervescence des idées pendant la deuxième partie de la course. Je pensais à mille choses, auxquelles je ne pense pas habituellement… Je me suis par exemple ainsi retrouvé à dialoguer l’un après l’autre avec chacun de mes 4 grands-parents, tous décédés depuis des années! Et je me suis dit que la course doit générer une réaction chimique au niveau cérébral et «si un semi c’est comme ça, que sera le marathon?»

Enseignement 4: Le commerce, par exemple, le monde des magasins, se vit debout dans le mouvement, dans le flux. La neuroscience a aujourd’hui démontré comment le mouvement du corps fait évoluer la qualité de la réflexion. Steve Jobs réalisait ses réunions les plus stratégiques en se promenant avec son interlocuteur dans un parc. Et je cours ou je danse toujours dans les heures et les minutes précédentes une conférence importante. Le travail sédentaire génère des blocages, et parfois, aider à « se bouger » permet d’améliorer le fonctionnement des équipes. Notre culture occidentale se trouve a priori moins préparée que la culture orientale pour cette reconnaissance du lien entre le corps et l’esprit. Et sinon, observez les groupes immenses de Tai-chi dans les parcs du samedi après midi à Shanghai.

La compétition:

Depuis l’âge de 8 ans je joue au football sans discontinuer. Depuis l’âge de 35 ans, j’ai rejoins un groupe de vétérans très sympas. Et volontairement, le contact n’y était pas autorisé. Pas de fautes. L’objectif est bien d’aller travailler le lundi matin en une seule pièce. Et d’ailleurs dans mon cas, comme entrepreneur-formateur, je ne peux juste pas me permettre la moindre blague dans ce sens : fracture interdite pour un entrepreneur!

Et pourtant la compétition me démange! Attention, en marathon, on trouve toujours des coureurs bien meilleurs que soi et d’autres plus lents. Chacun trace sa route et il n’est nullement question de faire mieux que quiconque ; juste vivre la course et ressentir ce « plaisir de souffrir » ! Compétition dans le sens de s’améliorer, d’aller de plus en plus vite, et tenter de dépasser tel ou tel coureur.

Enseignement 5: Le coaching c’est ce double processus de Prise de conscience et de prise d’actions. Chez CapKelenn, nous invitons les managers d’enseignes de magasins à coacher sur une base individuelle chiffrée. Car la responsabilité est nécessairement individuelle. La compétition est un des moyens de stimuler l’amélioration. Lorsqu’elle s’applique dans un contexte de méfiance et de sanctions brutales, toute initiative sera mal interprétée et contre productive. Le premier rôle d’un manager est de générer un contexte de confiance dans lequel chacun trouve l’environnement pour s’améliorer. Compétition, c’est établir un cadre clair et sûr dans lequel chacun peut se dépasser dans le respect de soi-même et de l’autre. A des années lumières donc, de certains excès dont les médias français se sont fait l’écho (voir Envoyé Spécial sur France2 du 28 février 2013), certains managers confondant benchmark (comparaison productives) et répression brutale. Comme si un père de famille comparait chaque soir à la table familiale les notes de ses enfants. Attention, quand rentre la peur, le talent s’échappe! Monsieur le Directeur. Je consacre un chapitre de mon livre (Coaching&Vente au détail, Editions Maxima) à cette nuance fondamentale de la gestion.

Les indicateurs clés de succès et la linguistique

«Ce qui se conçoit bien s’exprime clairement », nous expliquait Nicolas Boileau fin XVII. Nous savons aujourd’hui grâce aux avancées de la linguistique que l’inverse est également vrai, et au moins aussi important. «Ce qui s’exprime, se conçoit bien ». Le simple fait de verbaliser un objectif, et pour se faire d’en dominer la linguistique, la nomenclature, représente une étape vers le succès. Bien qu’il put paraitre ambitieux, voire prétentieux à première vue, à quiconque me demandait mon objectif je répondais: «d’abord finir ; et si possible en 3h30». Dès le début de la préparation en octobre 2012, j’ai du assimiler le « jargon»: les progressifs, % Fréquence cardiaque Maximum, la vitesse, des heures rivé sur les feuillets excel à tenter de convertir un objectif de 3h45 (initialement) à un temps par minute. (Le secret du calcul, c’est de tout convertir au nombre de secondes! Sinon avec la base 60 des minutes et des heures, on ne s’y retrouve pas). Encore aujourd’hui je ne suis pas sûr de tout comprendre. Pourtant j’adore les chiffres et je prends du plaisir sur excel.

L’achat de ma montre GPS Garmin a constitué une autre étape. Il ma fallu plusieurs semaines, peut-être même plusieurs mois, pour en assimiler la subtilité des indicateurs : pulsations, vitesse, temps total, temps partiel. Et je ne suis pas certain de la dominer encore à 100%.

Enseignement 6: Avoir un objectif constitue un bon de départ. Nécessaire et insuffisant. Réussir un objectif ambitieux implique de connaitre ses temps de passage et de dominer 2 (maximum 3) variables ou indicateurs clés. Dans la course, le temps au kilomètre et la pulsation cardiaque. L’observation intervient en complément et en validation des données objectives. Ainsi un coach ne dira pas « je te trouve un peu faiblard », mais « tu es à 5’30 du km. Que faire pour descendre sous les 5′ ?». Un coach du commerce ne dira plus « la vente est trop lente » mais « ton ticket moyen est de €15. Combien penses-tu être en mesure d’atteindre? Et comment ? » L’usage des chiffres est intimidant, et de bons camarades de club expérimentés m’ont accompagné à bien comprendre les calculs. Ma pratique de plus de 3.000 commerçants depuis plusieurs années m’a confirmé que de nombreuses personnes sont complexées par les chiffres et n’osent pas dire qu’elles ne comprennent pas tout… ou n’y comprennent rien. Notre système scolaire français a fait tellement de dégâts. Dans l’intimité propre du coaching, (je l’ai encore vérifié la semaine dernière), j’ai entendu des directeurs gérant des centaines de milliers d’euros me dire : « Benoit, hier quand vous disiez, 8%, « pour cent » veut dire quoi exactement ? », ou encore, « Quand vous dites « 7,2 », le 2 c’est quoi ? » On ne peut améliorer ce que l’on ne comprend pas. Le rôle du coach commence donc par s’assurer que la personne comprend et qu’elle est capable de verbaliser. A ce titre l’épicier devient aussi enseignant. Et les systèmes TPV doivent être intuitifs et bien enseignés.

La préparation

Depuis 12 semaines, suivant un plan de préparation millimétré, concocté par mon coach, j’ai couru à Paris, Vannes, Madrid, Copenhague, Santa Cruz de Tenerife, … Déjà un patrimoine de sensations et d’émotions : ce 24 décembre à 20 heures, à Copenhague la neige avait enfin fondu et je pouvais sortir sans risque. J’observais les danois se mettre à table pour noël, les odeurs de cheminée mélangées aux effluves de dinde aux choux. Ou encore sur la rabine à Vannes pour ce 15 fois 400m un soir de décembre à 21 heures, un feu rouge faisant office de ligne d’arrivée. Et il y a aussi les entrainements seuls, souvent le soir de nuit, laissant la famille dîner seule. En tout, 5 sorties par semaine pendant 3 mois, essentiellement nocturnes. Et une image en tête, l’arrivée sur la piste du stade olympique de la Cartuja de Séville.

Enseignement 7: le succès ne s’improvise pas. L’entrainement est essentiel. De même que la formation professionnelle en entreprise et en particulier dans les magasins. Quels seraient l’efficacité et l’épanouissement des professionnels de la distribution si leur formation continue, leur préparation au défi était aussi rigoureuse et stimulante que la préparation d’un marathon ? Car comme l’indique Goethe, « Au moment où l’on s’engage totalement, la providence éclaire notre chemin».

Le matériel

Le marathon est tout sauf de l’improvisation. Ce 24 février, je suis équipé de chaussures de sport Asics Cumulus (une semelle trop étroite serait très préjudiciable à partir du kilomètre 30), de chaussettes de compétition coolmax, de bas de contention, d’un short avec une fermeture à l’arrière pour y mettre une clé de voiture, un gel et une barre de céréale. Je cours avec un sparadrap spécial sur la partie extérieure avant du pied droit ; c’est le seul bobo qui peut sérieusement m’ennuyer pendant la course. L’ensemble de ma tenue a été testée à plusieurs reprises sur des sorties de 20 à 30 km ces dernières semaines. J’accompagne durant quelques kilomètres un coureur en sandales minimalistes ; il s’agit d’une mode des indiens mexicains qui implique de courir très droit. Mais en général, le matériel est sophistiqué. Je suis naturellement frileux et j’appréhendais de porter uniquement le maillot technique du club miacum, épaules à l’air ; J’ai donc un t-shirt en dessous. Mon dossard nº4195 est installé avec des épingles de sureté ; ça me surprend toujours qu’on n’ait pas inventé un meilleur système d’accroche.

Après 3 jours de pluie, le soleil est confirmé. Je suis donc muni d’une casquette et de lunettes de soleil, élément essentiel pour n’être pas étourdi, notamment en passant dans l’ombre d’un arbre par les différences d’intensité lumineuse. Bien sûr, j’ai ma montre GPS Garmin 210, pour m’indiquer ma vitesse et mon temps. J’ai décidé de ne pas prendre mon cardio, ayant trop peu utilisé cette variable à l’entrainement.

Enseignement 8: là encore, quand on croit à un projet, l’investissement dans le matériel et la technique est essentiel.

L’équipe

Courir, c’est comme chanter ou prier ; seul, c’est bien, mais en groupe, c’est incomparablement plus intense! Pour préparer ce marathon, j’ai rejoint un club dans ma ville. Une atmosphère amicale y règne, une vraie entraide, un plaisir à se retrouver. Nous sommes une trentaine de personnes, hommes et femmes, de niveaux très différents et un objectif commun: Prendre du plaisir à courir et à s’améliorer.

Curieusement j’ai observé que le mercredi et le dimanche, je cours plus vite que les autres jours de la semaine où je suis seul. Il m’est très difficile de courir «sous les 5 min/km» seul, alors qu’en groupe, ou en compétition, je peux courir en «4,10 sur 10 km». Quelle est donc cette magie de l’équipe? Les neuroscientifiques l’appellent entre autres, la «résonnance neuronale». Nos cerveaux rentrent en résonnance lorsque nous réalisons une activité en commun. L’être humain a fondamentalement besoin de la présence des autres.

Enseignement 9: le coaching de l’équipe, l’interaction entre les membres est au moins aussi importante que le coaching individuel. Une organisation professionnelle doit prendre soin de l’énergie que dégage le groupe. L’individu en tirera-t-il une force supplémentaire ou au contraire une déprime dont il essaiera de fuir ? En particulier, dans les réseaux de magasin, ou le responsable du magasin vit seul, ainsi que son superviseur, quels rituels établir pour l’échange entre les membres et comment prendre soin que durant ces rencontres si importantes l’énergie soit positive et productive. C’est pourquoi nous travaillons énormément les dynamiques de groupe et les rituels de la communication avec la centrale et entre professionnels.

L’hygiène de vie

C’est peut-être un détail mais pour la première fois de ma vie j’incorpore un groupe dans lequel… personne ne fume! Je n’ai rien contre les fumeurs, mais j’admire l’évolution des pays européens depuis 10 ans en interdisant le tabac dans les lieux publics ; et ce petit détail me semble signifiant!

Nous voici donc, mercredi soir après mercredi soir. Dimanche matin après dimanche matin. Les courses progressives avec tels camarades, les étirements collectifs, les bières d’après entrainement pour célébrer une MPP (Meilleure Performance Personnelle). Comme j’ai amélioré 3 fois en 3 mois ma performance sur 10km, je m’y suis collé. Certains s’en tiennent au jus d’orange, mais bon…

Et un plaisir, un vrai plaisir, de courir à 15 personnes, hommes et femmes, munis de bonnets et de gants. Défier la gelée alors que les familles dorment encore les dimanches matins, remercier le ciel pour la magie d’un soleil d’hiver apparaissant à l’horizon, écouter l’impact des pas contre le sol, humide, gelé, ou sec.

Enseignement 10: Je me souviens de ce prestigieux réseau de distribution avec qui nous avons travaillé pendant 4 mois. 14 directeurs régionaux sur 17 (directeur inclus), fument au moins 1 paquet par jour et boivent au moins 4 cafés par jour. Aucun des 17 membres de l’équipe ne prend le temps dans sa semaine de pratiquer une activité sportive, culturelle ou associative. Ils parcourent en moyenne 70.000 kilomètres par an en voiture. Chaque directeur régional supervise 20 ou 21 magasins. Les risques psycho-sociaux sont à la vue de tous : surpoids, sujets à la dépression, difficultés dans la vie privée (relations sentimentales instables…), problèmes de dos et de cou. Après certains jeux, ils me déclarèrent : « ça faisait des années que l’on n’avait pas ri ensemble ! ». Le savoir faire doit reposer sur un savoir-être. Le savoir-être commence par être bien dans son corps… et dans sa tête !

Identité sociale

On devient socialement coureur. Les collègues, les amis, les voisins… tous finissent par connaitre le projet. Je me souviens de cette conférence à l’école de mes fils un vendredi à 17h. Ma femme avait une réunion préalable et je lui avais dit que je la rejoindrais sans doute. Je m’aperçois alors que ce vendredi dans mon programme d’entrainement, je devais courir 17 km et l’école est située précisément à 17 km du bureau … à vol d’oiseau ! Quelle coïncidence ! Je dus faire une course d’orientation, traverser 2 rivières en me déchaussant, me perdre, passer sous des barbelés… Un amphithéâtre de parents d’élèves a pu voir arriver un coureur, un peu en retard, de la boue sur les chaussures et le pantalon. Mais aucune honte de mon côté, plutôt une petite fierté.

J’ai assimilé la course à mon rythme quotidien. Dans mon travail, 70% de mes missions impliquent un déplacement en avion et je ne facture jamais mes bagages. M’éloignant de l’image du cadre traversant gares et aéroports, la colonne vertébrale tordue et une épaule relevée pour tenir en bandoulière l’éternelle sacoche de l’ordinateur portable en bandoulière, je l’ai troqué pour un sac à dos plus ergonomique à compartiments. Un compartiment protégé pour l’ordinateur et les livres, un compartiment pour mes vêtements. Depuis que je cours, dans ce puzzle de précision de mon sac à dos, j’ai donc du trouver un espace pour mes chaussures de course. Un vrai casse-tête à l’heure d’Easyjet et Ryanair. Le pire qui me soit arrivé fut de casser la fermeture éclair de ce sac qu’une couturière put promptement réparer.

Enseignement 11: quand on aime passionnément une activité, qu’on est engagé définitivement sur un projet, on le dit, on le montre. Dans tel réseau de magasins, les cadres sont fiers d’arborer la cravate rouge institutionnelle ou le pin sur le revers de la veste.

Mais combien ai-je rencontré de professionnels de la distribution, des magasins, ne parlant jamais de leur activité professionnelle à leurs proches, leurs familles, vivant leur travail comme une contrainte, une punition!

Simplicité

Courir, c’est se dépouiller de tous les poids inutiles, de tout le superficiel, pour ne garder que ce qu’il y a d’essentiel, de nécessaire, de vrai, telle une lumière intérieure que la simplicité permettrait de projeter pour briller et… éclairer le chemin. Une paire de chaussure et en route, tel un pèlerin. Dans une société qui recherche toujours plus, le coureur, lui, recherche donc la simplicité.

Enseignement 12: Le professionnel de la vente du XXI siècle n’est plus l’arrogant des années 90, jouant des coudes pour montrer qu’il est le meilleur, mais l’authentique, vivant cet «ici et maintenant » avec l’autre, partageant cette bulle d’1,40 mètre, sachant créer la relation. Il n’y a rien de plus innovant que d’être soi-même. Dans cette société aux relations de plus en plus dématérialisées, que la transaction dure 10 secondes (comme chez le marchand de journaux ou le boulanger), ou bien des mois (comme pour la vente d’un airbus ou d’une central nucléaire) le client recherche pour l’aider une personne simple et authentique. comme dirait Robert dilts, “la distance entre moi et l’autre est la même qu’entre moi et moi!” Le directeur d’un magasin d’un prestigieux réseau de jardineries m’indiquait que le vendredi pendant la pause-déjeuner, il partait courir un footing avec plusieurs de ses collaborateurs. Heureux clients!

Conclusions:

Donc j’ai couru un peu en dessous de 5′ (4’50 aprox) tout le trajet pour m’assurer d’arriver un peu en dessous de 3h30. Ça a fonctionné. J’ai aussi pu me montrer que ma limite pour l’instant se trouve en effet dans cette zone car à la fin j’ai quand même eu du mal.

Le lundi matin, mes fils me disent que je marche comme un pingouin, ma femme… comme un ours polaire. Bref, des courbatures comme jamais.

Je pense que cette course va bouger pleins de choses, mais je ne sais pas encore lesquelles; j’aurai bien le temps de murir cette idée. 48 heures plus tard à 10.000 km de là, le dirigeant d’un réseau de distribution effectue l’introduction de ma conférence à ses cadres. Une fois énoncées les informations de rigueur sur l’intervenant, il rajoute un dernier mot: «marathonien!». Comme aurait dit France Gall: «C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup!»

Merci de votre lecture

Benoit MAHE.

Coach ICF

Fondateur CapKelenn

Auteur “Coaching & Vente au détail”, éditions Maxima

Conférencier AFCP

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